Les infections des os et des articulations sont sérieuses et particulièrement complexes à gérer pour les adultes, surtout si elles impliquent du matériel orthopédique. Elles requièrent des analyses microbiologiques détaillées ainsi que l’expertise de spécialistes avant de commencer tout traitement.
Les infections touchant les os ou les articulations (IOA) peuvent être de nature articulaire (arthrites), osseuse (ostéites) ou une combinaison des deux (ostéoarthrites).
On parle d’infections aiguës si elles se développent sur moins de quatre semaines, et de chroniques si elles perdurent plus longtemps.
Ces infections résultent de la migration de bactéries dans les os ou les articulations par voie hématogène à travers la membrane synoviale, par inoculation directe (à la suite d’un traumatisme, d’une intervention chirurgicale ou d’une infiltration) ou, moins fréquemment, par contiguïté.
Chez les enfants sans pathologie préexistante, ces infections sont majoritairement communautaires et suivent une bactériémie. Elles sont plus rarement dues à une inoculation directe.
L’incidence des arthrites aiguës sur une articulation native (sans prothèse) varie entre 4 et 29 cas par 100 000 personnes par an, avec une incidence accrue avant deux ans et une augmentation graduelle après 50 ans.
La mono-arthrite est la forme la plus courante, affectant le genou dans 50 % des cas, puis les épaules et les poignets, bien que toutes les articulations puissent être concernées.
Staphylococcus aureus est la bactérie la plus fréquemment impliquée (50 % des cas d’arthrites documentées, chez l’enfant comme chez l’adulte), suivie chez l’adulte par Streptococcus spp, et chez l’enfant de 6 mois à 4 ans par Kingella kingae.
Chez l’adulte, les bacilles Gram-négatif sont responsables dans 15 à 20 % des cas.
Sommaire
Indicateurs d’alerte
Durant la phase aiguë, les symptômes cliniques sont souvent révélateurs : une articulation douloureuse, enflée, rouge et chaude ; un épanchement est fréquent. Cela peut s’accompagner de symptômes généraux (fièvre, frissons) et d’un syndrome inflammatoire visible lors d’analyses biologiques.
Pour les formes chroniques, qui peuvent se manifester par des douleurs avec ou sans fièvre, et parfois des fistules, les anomalies biologiques peuvent ne pas être présentes.
Il est crucial de :
- toujours faire preuve de vigilance, notamment en envisageant le diagnostic face à un patient présentant une lombalgie fébrile, susceptible de révéler une infection disco-vertébrale, fréquente après 50 ans. Les atteintes du rachis thoracique ou cervical sont plus rares.
- être également vigilant envers les patients équipés de matériel prothétique, car une infection peut se manifester longtemps après l’installation de la prothèse. Une attention particulière doit être portée à toute tuméfaction, même plusieurs années après l’intervention.
Tout patient présentant les symptômes d’une IOA doit être hospitalisé d’urgence, idéalement dans un service spécialisé en maladies infectieuses, pour confirmer le diagnostic, réaliser les prélèvements nécessaires et commencer le traitement, qui peut nécessiter une intervention chirurgicale.
Imagerie et confirmation microbiologique
L’imagerie est essentielle. La radiographie standard est généralement indiquée, sauf pour les atteintes disco-vertébrales. L’échographie peut révéler un épanchement (utile dans les cas d’arthrites septiques), mais c’est l’IRM qui reste l’examen le plus précis.
En cas de suspicion d’une infection ostéoarticulaire, il est urgent de consulter un service de maladies infectieuses pour obtenir des conseils sur la marche à suivre, planifier un rendez-vous rapide ou une hospitalisation, selon le cas.
La confirmation bactériologique est cruciale, car seule l’identification de l’agent pathogène par ponction ou biopsie, avec analyse de sa sensibilité aux antibiotiques, permet un traitement adapté. Il est impératif d’éviter toute antibiothérapie prématurée avant les prélèvements, sauf en cas d’urgence extrême (choc septique), car cela pourrait masquer l’infection et encourager les résistances.
Les prélèvements doivent être effectués par des professionnels expérimentés.
Les hémocultures sont systématiques.
Antibiothérapie probabiliste après prélèvement
La VIDAL Reco explique les procédures de l’antibiothérapie, nécessitant l’avis d’un infectiologue, d’abord probabiliste après les prélèvements, puis ajustée selon les résultats. Elle peut être complétée par des soins locaux (ponction, nettoyage, drainage…).
La surveillance doit être rigoureuse, cliniquement (fièvre, douleurs), biologiquement (évolution du syndrome inflammatoire et suivi bactériologique), et parfois par imagerie.
Il s’agit d’un traitement de plusieurs semaines, généralement commencé par voie intraveineuse à haute dose, puis continué par voie orale.
Un traitement antibiotique inadéquat ou trop court peut entraîner une rechute ou une chronicité de l’infection.
Une bonne observance est essentielle, et le médecin traitant a un rôle crucial dans la gestion des effets secondaires potentiels.
Une endocardite est systématiquement recherchée en cas d’infection à cocci Gram positif. Son traitement n’influence pas la durée de l’antibiothérapie pour l’IOA.
Selon un entretien avec le Pr Christian Chidiac, professeur émérite des universités, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à l’Université Claude-Bernard Lyon 1.
Les infections ostéoarticulaires chroniques se manifestent chez l’adulte et résultent souvent d’une infection ancienne ou mal traitée (par exemple, impossibilité de retirer du matériel infecté). Des facteurs favorisants locaux (corps étrangers, séquestres osseux…), généraux (diabète, immunodépression…) et bactériens (protéines d’adhérence, résistance aux antibiotiques…) sont présents. Les agents pathogènes principaux sont Staphylococcus aureus, Enterobacteriaceae, Pseudomonas aeruginosa, et Streptococcus spp. Le traitement est médico-chirurgical. En cas d’impossibilité d’intervention chirurgicale, un traitement antibiotique suppressif peut être prescrit à vie. Un avis spécialisé est nécessaire, et peut être obtenu auprès de l’un des neuf centres de référence coordinateurs des infections ostéoarticulaires complexes (CRIOAc), qui orientera le traitement.
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Les IOA complexes regroupent les infections sur prothèse, matériel d’ostéosynthèse, post-traumatiques, certaines infections osseuses chroniques et infections des parties molles. Le taux d’infection sur matériel prothétique varie entre 1 et 2 %. Ces IOA sont souvent médiatisées et peuvent entraîner de sérieux litiges. La prise en charge médicochirurgicale est assurée par des équipes multidisciplinaires et des centres référents, comme les centres de référence des infections ostéoarticulaires complexes (CRIOAc).
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